Sujet moins bien traité que le mariage pour tous et pourtant....
Le ton est ferme et déterminé. Hier matin, à la Maison des syndicats de Martigues, toutes les sections CGT concernées par les sites pétrochimiques autour de l'étang étaient réunies pour réaffirmer leur inquiétude. Au-delà de l'actualité brûlante de Kem One, c'est tout un pan de l'industrie du département qui, selon la CGT, est menacé. Au nom du collectif régional CGT des industries pétrochimiques, Marc Sarde évoque d'entrée "une situation urgentiste" pour l'ex-filière vinylique d'Arkema.
Secrétaire du CE de Naphtachimie, à Lavéra, Daniel Bretones ajoute : "Nous ne sommes pas là que pour défendre les camarades de Kem One. Nous sommes tous concernés. Kem One est notre plus gros client. À Naphtachimie, 500 salariés, auxquels s'ajoutent 300 sous-traitants, seraient directement touchés par sa fermeture. Nous, on sort d'un incident grave. On reproduit depuis ce week-end. Mais Naphta pâtit aussi du non-paiement par Kem One de ce qu'il doit depuis des mois. Une dette qui se monte quand même à 300 000 €".
"On est déjà dans la casse. Et elle est violente."
Reprenant la parole, cette fois en tant que secrétaire CGT à Ineos à Lavéra, Marc Sarde assure : "On est déjà dans la casse. Et elle est violente. Par un effet domino, c'est un coup mortel porté à notre industrie. Le marasme économique va s'installer dans notre région. On l'a vu, en Lorraine, après la fermeture des mines. C'est hyper inquiétant."
Et d'analyser : "Se donner une échéance à 5, 10 ou 15 ans, c'est quoi quand on a 20 ans et qu'on doit travailler 40 ans ? Il faut le dire qu'autour de l'étang de Berre, il y a déjà de la souffrance. Si le maillon Kem One pète, c'est toute la chaîne qui va lâcher. Mais on ne baissera pas les bras".
La réunion d'hier matin à Martigues sonnait clairement comme un avertissement. Lancé d'abord directement aux milliers de salariés concernés, qui recevront dans les prochains jours, quand toutes les sections CGT concernées l'auront validé, un document de quatre pages leur expliquant la situation. Et les sombres perspectives pour le secteur si rien n'est fait.
Représentant l'union régionale Paca de la Fédération nationale des industries chimiques CGT, Charles Foulard dénonce pour sa part "un état de fait. On ne voit absolument pas de politique industrielle avec ce nouveau gouvernement qu'on dit de gauche. Il y a quand même des autorisations d'exploiter mais aussi de reprises qui sont données. Quelle est la responsabilité de l'État dans cette situation ?"
"On ne se laissera pas faire"
Et d'ajouter : "On peut produire propre en France. Les moyens sont là. Il n'y a qu'à voir le nombre de milliardaires qui a augmenté. On veut faire la chasse à l'énergie charbonnée, admettons. Mais, que je sache, le gouvernement n'a pas annoncé que la France renonçait à utiliser des carburants. De même qu'Unilever n'a pas prévu que la France ne boirait plus de thé... Si Kem One ferme, 25 000 emplois en tout sont sur la sellette."
Concrètement, "nous demandons la mise sous contrôle public de tout ce qui a trait à l'énergie. Cela passe par une socialisation des moyens de production et une orientation des stratégies des entreprises. Nos activités sont viables et rentables socialement. Il y aura nécessité de notre part d'aller sur le terrain".
Au nom de l'Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône, Olivier Mateu prévient : "Ce n'est pas une fatalité qui s'abat sur nous. On ne laissera pas faire. On va expliquer, re-expliquer. Des propositions, on en a. Et pas qu'à la CGT. Sur ce sujet, les syndicats se rejoignent".
Une "interpellation collective" est en marche, qui passera bientôt par la sous-préfecture d'Istres et la saisie du commissaire au redressement productif, Roger Reuter, qui n'est autre que l'ancien sous-préfet de l'arrondissement.