Alors que les effets de la crise financière perdurent en Europe, l'ONG Médecins du Monde tire la sonnette d'alarme sur l'accès aux soins des plus démunis en Europe, et constate une montée de la xénophobie. La France est particulièrement visée.
Dans son rapport 2012, l'OMS a qualifié la crise financière mondiale d'« événement impromptu émanant d’autres déterminants que le système de santé et impactant négativement la disponibilité des ressources du système de santé et positivement la demande pour les services de santé ».
L'ONG Médecins du Monde tire aujourd'hui la sonnette d'alarme. "Les systèmes européens de santé et protection sociale vacillent sous la pression et les mesures d’austérité déclenchées par les gouvernements européens pour répondre à la crise. Dans ce contexte, les plus pauvres déjà confrontés à divers facteurs de vulnérabilité (personnes sans-abri, migrants, usagers de drogues) voient les filets sociaux de sécurité qui leur apportaient auparavant une aide minimale se réduire, voire disparaître", a alerté l'association ce mardi, à Bruxelles. "Alors même que l’ensemble de la population doit faire face à une augmentation de la pauvreté, on assiste à la multiplication des actions et déclarations xénophobes à l’égard des migrants, pris comme boucs émissaires d’une situation qui les rend encore plus précaires", ajoute-t-elle.
L'ONG, qui revendique son droit à "dispenser des soins de santé, conformément à l’éthique médicale, dans le respect de l'intégralité des patients et des malades, indépendamment de leur statut social ou de leur origine ethnique", publie un rapport issu de l'enquête réalisée dans les centres de 14 villes européennes. En Espagne, l'accès aux soins pour les migrants sans-papiers fait l'objet de restrictions juridiques ; en Grèce, l'ensemble du système de santé publique est mis à rude épreuve par les mesures d'austérité. Et un nombre significatif d'États membres de l’UE a augmenté la part des dépenses non remboursées aux malades.
Ainsi 26 % des patients vus par Médecins du Monde se jugent en (très) mauvais état de santé général et 67 % des patients considèrent que leur état de santé est relativement mauvais. Or 81 % des patients reçus n'ont aucune autre possibilité d'accès aux soins que d'en assumer le coût total. 59 % des femmes enceintes n'ont pas accès aux soins prénataux. Par ailleurs 26% des patients ont déclaré avoir été victimes de violences depuis leur arrivée en Europe et 49 % résident dans des logements temporaires ou instables.
Enfin l'ONG souligne que "certains gouvernements utilisent l'accès aux soins comme instrument politique de régulation des flux migratoires". Un leurre, d'après Médecins du Monde, qui affirme d'après ses données que "les migrants sans-papiers ignorent leurs pathologies avant d’émigrer, ne connaissent pas le fonctionnement des systèmes de santé des pays européens et ne ne savent pas qu'ils peuvent potentiellement s’y faire soigner." En 2012, la santé ne représentait que 1,6 % des raisons de migration invoquées. Le tourisme sanitaire serait donc loin d'être une réalité pour les populations précaires.
Le rapport met en avant la situation de la France, où "les migrants ont largement servi de boucs émissaires au cours des dernières années" et où '"la xénophobie la plus visible et la plus poussée s’exprime aujourd'hui à l’encontre de la population rom qui continue d'être stigmatisée par l'État et de nombreuses personnes." Avec les expulsions sans relogement, "l'interruption des campagnes de vaccination ou du suivi de problèmes de santé chroniques constitue un danger potentiel pour la santé publique". Le rapport évoque aussi l'Espagne, et la Grèce, où "les agressions brutales et les crimes de haine contre les minorités ethniques sont devenus un phénomène récurrent".
Médecins du Monde en appelle à l'Union européenne et au Conseil de l'Europe, afin que des mesures soient prises. Afin d'"assurer la protection totale des étrangers gravement malades pour qu’ils ne soient pas expulsés vers des pays où ils n'auront pas accès aux soins", et pour "activement combattre les discours de haine et les discours populistes anti-migrants".
Source : Lavie.fr