Le collectif de pirates informatiques Anonymous affirme avoir retrouvé en deux heures l’identité des personnes qui auraient intimidé et agressé sexuellement la jeune Rehtaeh Parsons, mais le groupe ne souhaite pas pour l’instant rendre publique l’identité de ces derniers. Une stratégie qui tranche avec celle qu’avait adoptée Anonymous lors du suicide d’Amanda Todd, en octobre dernier.
Dans une vidéo mise en ligne sur youtube, en anglais et en français, le groupe se demande pourquoi la police ou le personnel des écoles que la jeune fille a fréquentées n’ont pas été capables de trouver et de punir les coupables, avant que la jeune fille ne se suicide.
Mais contrairement à ses habitudes parfois expéditives, Anonymous ne menace pas de publier l’identité des coupables. La voix synthétique qui lit le message du groupe sur YouTube prévient que les noms de ces personnes sont facilement accessibles, et que si la police n’agit pas assez vite, des groupes autres qu’Anonymous pourront les trouver et les rendre publics, de toute façon.
La vidéo d'Amanda Todd
« Nous n’approuvons pas la justice populaire comme les médias l’affirment, cela voudrait dire que nous approuverions que ces violeurs soient victimes d’actes de violence de la part d’une foule indisciplinée. Ce que nous voulons c’est que la justice soit rendue, et ça, c’est votre boulot », proclame une voie synthétique, en s’adressant à la GRC.
Anonymous est un collectif disparate de pirates informatiques. Le groupe n’a pas officiellement de direction ou de porte-parole, et ses membres revendiquent souvent leurs actions par le biais des médias sociaux.
La stratégie d’Anonymous est plus subtile dans le cas de Rehtaeh Parsons que dans celui d’Amanda Todd, selon Jon Blanchard, un membre du collectif qui réside à Halifax. Il affirme ne pas être impliqué dans les opérations d’Anonymous en lien avec Rehtaeh Parsons mais son impression est que les membres de son collectif veulent mettre les pouvoirs publics devant leurs responsabilités, afin que des actions concrètes soient entreprises pour lutter contre la cyberintimidation. « Ce qu’ils sont en train d’essayer de faire désespérément, c’est que tout cela devienne ennuyant, que cela disparaisse dans des rapports », dit-il, en décrivant l’action des responsables politiques de la province.
Il pense aussi que la pression exercée par Anonymous par le biais des réseaux sociaux fera en sorte que les jeunes impliqués dans l’agression sexuelle et la cyberintimidation de Rehtaeh Parsons se présenteront d’eux-mêmes à la police et avoueront ce qu’ils ont fait. « Un nombre important de personnes dans la communauté d’Anonymous souhaitent que les garçons se manifestent et fassent ce qu’ils ont à faire », explique-t-il en entrevue à la CBC.
La position d’Anonymous semble plus modérée que lors du suicide de la jeune Amanda Todd, en octobre dernier. Cette dernière s’était suicidée après qu’une personne eut mise en ligne une photo de l’adolescente montrant sa poitrine. L’inconnu avait dupé la jeune fille lors d’une conversion via webcam.
Le collectif de pirates informatiques avait alors publié l’identité d’un homme de 32 ans vivant dans la région de Vancouver, affirmant qu’il s’agissait de la personne qui avait harcelé Amanda Todd. Mais la GRC avait appelé à la retenue, expliquant que l’enquête suivait son cours.
Une nouvelle affaire de suicide d’adolescente, Rehtaeh Parsons, brisée par la circulation sur internet d’une photo de ce qu’elle avait vécu comme un viol lors d’une soirée arrosée, met en émoi le Canada. Un pays choqué par ce nouveau cas de cyber-intimidation.
25 réactions
Envoyer à
Imprimer
A lire aussi
Anonymous dénonce l'impunité des auteurs présumés du viol de Rehtaeh Parsons et l'incompétence des enquêteurs
La photo du visage de Rehtaeh Parsons, morte dimanche dernier à Halifax, sur la côte atlantique, ne quitte plus les écrans des téléviseurs, ni les sites web canadiens.
Selon sa mère, sa mort est la conséquence d’un viol collectif, dont l’adolescente avait été victime en 2011, à l’âge de 15 ans, alors qu’elle était en état d’ébriété complète, voire inconsciente, lors d’une soirée. L’un des quatre garçons soupçonnés d’y avoir participé, a pris une photo qui a commencé à circuler parmi les élèves quelques jours plus tard. La cyber-intimidation a suivi, et à l’école certains jeunes la traitaient de “pute”.
L’enquête policière, qui a duré près d’un an, n’a pas permis de réunir des preuves suffisantes pour inculper les responsables: il n’y avait que sa parole contre celles de ses agresseurs, a confirmé un porte-parole de la police après la mort de la jeune fille.
Selon sa famille, on lui a déclaré que la prise d’images de ce que Rehtaeh avait subi n’était pas en soi un délit.
« On ne la laissait jamais tranquille »
Les Parsons ont déménagé, mais sans aller très loin et le calvaire de la jeune fille s’est poursuivi.
“On ne la laissait jamais tranquille”, a dit sa mère citée par la chaîne publique CBC. “Ses amis étaient contre elle, des garçons inconnus lui envoyaient des sms et des messages sur Facebook pour lui demander de coucher avec eux... puisqu’elle l’avait fait avec leurs copains. Cela ne s’arrêtait jamais”, a dit Mme Parsons.
Elle a fait une tentative de suicide jeudi dernier. Elle a été maintenue artificiellement en vie jusqu’à dimanche.
“Je veux que la justice poursuive les garçons qui ont posté les photos »
La réaction du public a pris ces derniers jours un tour inattendu, incitant la mère de Rehtaeh à appeler ceux qui menacent de s’en prendre aux quatre garçons à les laisser tranquilles. “Je veux que la justice poursuive les garçons qui ont posté les photos. Je ne veux pas que quelqu’un d’autre les poursuive”, a-t-elle dit, selon la CBC.
L’affaire a rappelé aux Canadiens le suicide très médiatisé d’Amanda Todd, survenu en octobre dernier dans l’ouest du pays, à l’âge de 15 ans.
Un prédateur l’avait incitée à lui montrer sa poitrine via une webcam, puis, ne pouvant obtenir davantage, avait affiché sa photo sur internet. Cible aussi de messages d’intimidation sur Facebook, venant apparemment de ses camarades d’école, c’est sur internet qu’elle avait lancé son dernier cri de détresse, en affichant une série de cartons décrivant en quelques mots son calvaire.
L’opinion publique, la police et la justice au Canada deviennent de plus en plus conscientes de la puissance que les médias sociaux offrent à toute personne voulant diffuser un message, y compris sans en mesurer la portée.